Prospectives africaines

Prospectives africaines

Le continent africain demeure largement inexploré par les exportateurs québécois. Avec une population très jeune et plusieurs pays qui connaissent une belle croissance, il recèle pourtant un potentiel intéressant.

L’Afrique dans son ensemble a affiché une croissance de son PIB variant de 3,2 % à 3,7 % entre 2011 et 2019, selon la Banque africaine de développement (BAD). En Afrique de l’Est, elle a même dépassé régulièrement le cap du 5 %. La pandémie devrait faire chuter cette croissance à – 3,2 % pour 2020 sur l’ensemble du continent, d’après la BAD. Malgré tout, elle prévoit que des pays comme le Rwanda, l’Éthiopie, la Tanzanie et la Côte d’Ivoire continueront d’enregistrer des taux de croissance de plus de 3 %.

La population africaine est beaucoup plus jeune qu’ailleurs, avec un âge médian de 19,7 ans, contre 32 ans pour l’Asie, 38,6 ans pour l’Amérique du Nord et 42,5 ans pour l’Europe, selon les Nations unies. « Il y a 1,2 milliard d’habitants sur ce continent et pourtant il ne compte que pour à peine 1 % des exportations québécoises. C’est bien trop peu », déplore Catherine Frenette, présidente de la Chambre de commerce Québec-Afrique (CHAQUA). En 2018, le Québec y a exporté pour 779 millions de dollars de marchandises.

Elle ajoute que l’on doit arrêter de voir le continent africain comme un simple fournisseur de ressources naturelles et humaines « Un grand marché de consommateurs y émerge », précise-t-elle. Les voitures, les véhicules aériens, les produits laitiers, le papier journal et les turboréacteurs, turbopropulseurs et autres turbines à gaz comptent parmi les principaux produits québécois exportés en Afrique, selon le ministère de l’Économie et de l’Innovation du Québec. Intelcan Technosystèmes, un fabricant et intégrateur montréalais de systèmes de communication, d’aide à la navigation, de surveillance et de gestion du trafic aérien, exporte par exemple dans de nombreux pays, dont la Tunisie, le Liberia et le Nigeria.

Des secteurs attirants

« Les entreprises québécoises se retrouvent davantage dans environ sept à dix pays, dont bien sûr des États francophones comme le Maroc, le Sénégal, le Cameroun ou la Côte d’Ivoire, mais aussi en Afrique du Sud et au Rwanda », précise Alain Carrier, conseiller expert Afrique, Exportations et internationalisation à Investissement Québec International (IQI). 

Plusieurs États africains investissent beaucoup dans leurs infrastructures, par le biais de projets souvent financés par la Banque mondiale ou la BAD. Cela ouvre des perspectives intéressantes pour les firmes de génie civil québécoises, très actives dans les études de faisabilité et les études environnementales. « Nous sommes toutefois moins présents dans la construction des infrastructures, un secteur que nous aurions intérêt à développer », note Alain Carrier.

Les secteurs des technologies de l’information et des énergies renouvelables présentent aussi un fort potentiel en Afrique, sans oublier les mines, qui constituent le secteur qui a le plus d’impact au Canada. Le Québec y est surtout actif dans le marché des équipements et des services professionnels liés aux mines. Certaines PME québécoises œuvrent également dans les services de formation, d’environnement et les services juridiques ou financiers. CAE a par exemple un service de formation de pilotes de ligne à Johannesbourg, en Afrique du Sud. Quant au cabinet de services-conseils C2D Services, il appuie des projets de réforme institutionnelle dans une vingtaine de pays, destinés à promouvoir croissance économique, la bonne gouvernance, le déploiement de technologies, l’égalité des genres et l’inclusion.

Savoir où on met les pieds

« L’Afrique n’est pas nécessairement pour tous les entrepreneurs », prévient Alain Carrier. Selon lui, pour réussir il importe d’aimer ce continent, de se montrer patient et persévérant et surtout de bien se préparer. Chaque pays affiche ses particularités culturelles et organisationnelles. 

Des contrats financés par la Banque mondiale ou la BAD et ceux octroyés de gré à gré par des États ne s’approchent pas non plus de la même manière. On doit bien connaître les cercles de décideurs en fonction du projet, ce qui deviendra plus facile si l’on choisit le bon partenaire de confiance sur place.

C’est le rôle que tente de jouer la CHAQUA. « Nous cherchons à mettre en relation des sociétés sur les deux continents qui partagent des objectifs, souligne Catherine Frenette. Nous offrons également des programmes d’orientation pour les entreprises québécoises qui veulent exporter en Afrique et des réseaux de partenaires sur place, en particulier en Afrique de l’Ouest. »

Le gouvernement du Québec compte une Délégation générale à Dakar, au Sénégal et des bureaux à Abidjan, en Côte d’Ivoire et à Rabat, au Maroc. Le Canada maintient aussi des ambassades et des consulats dans plusieurs pays africains. Par ailleurs, la création d’IQI, le 18 juin dernier – notamment par l’intégration d’Export Québec au sein de la société d’État –, a augmenté l’expertise d’Investissement Québec en matière d’accompagnement des entrepreneurs sur le marché africain.

Pour Catherine Frenette, le plus gros défi des entrepreneurs se situe sur le plan de l’intelligence culturelle. « Nous avons certaines perceptions biaisées sur l’Afrique et les Africains en ont aussi à l’égard de l’Amérique du Nord ; il faut apprendre à les dépasser, souligne-t-elle. Les pays africains constituent un immense marché qu’il nous reste à découvrir et à comprendre.»

Jean-François Venne